Archives pour avril, 2012

Quelle communauté d’intérêts / quels conflits d’intérêts ?

Il n’y aura finalement qu’un seul débat entre les deux candidats restant pour l’élection présidentielle. Perso je le regrette car j’aurais aimé qu’on puisse sortir dans la dernière ligne droite des monologues, des slogans et des caricatures. Et surtout qu’on puisse prendre le temps de confronter les analyses sur le bilan et les projets en matière économique, sociale, sociétale et internationale.

J’ai été assez surprise de la virulence de l’équipe du PS contre ces débats (certains militants allant jusqu’à considérer que si tu veux 1 débat t’es de gauche, si t’en veux trois t’es de droite…), car je ne vois pas en quoi multiplier l’occasion de débattre avec son concurrent et de prendre du temps sur le fond avantagerait un candidat plutôt que l’autre. Et il y a tant de chose à aborder qu’en une fois c’est assez indigeste.

Et surtout je pense que c’est démocratiquement un mauvais choix.

- D’abord parce qu’avec un débat « on shot » on risque plus la politique spectacle que trois qui obligent à un moment à arrêter le show et à rentrer sur le fond.

- Ensuite car avec 20% de vote FN, donner l’occasion à ces électeurs de mieux s’approprier les enjeux de notre époque sur tous les plans, est une nécessité. Car cela leur permet de mieux se forger leur propre point de vue et donc de moins céder à la facilité et aux explications simplistes. Oui le débat en démocratie élève. Et en face à face ils pourront aussi constater sur tous les plans que les projets sont différents contrairement à ce que prétend Marine Le Pen.

- Aussi parce qu’il a encore du monde dont le choix n’est pas fait pour le deuxième tour (et oui il existe des électeurs qui ne sont pas militants). Je pense au 27% d’électeurs dont le candidat n’est pas pas au second tour et ne donnera probablement pas de consigne de vote. Ceux-là ont besoin de comparer, en dialectique, pour faire leur choix. De réfléchir entre les débats. Sans parler des 20% s’abstentionnistes que de tels débats peuvent mobiliser car ils éclairent plus, que l’accumulation de polémiques qui a caractérisé en partie cette campagne.

- Enfin car ne croyant pas à l’homme ou à la femme providentielle en politique, je trouve que ce type de débat permet à tous d’aiguiser son sens critique, sa liberté de pensée et surtout de prendre date, avec celui qui sera élu. Que ce soit pour se préparer à combattre ses choix, à construire avec lui ou à lui rappeler ses engagements, prendre le temps d’aller au fond par le débat ne me parait pas superflu.

Du coup pour faire soi-même ce travail de confrontation, je retiens la proposition de J. Rawls dans théorie de la Justice. « Une société est une tentative de coopération en vue de l’avantage mutuel, elle se caractérise donc à la fois par un conflit d’intérêts et par une identité d’intérêts. »

Pour approfondir le projet politique de chaque candidat, il me semble fondamental d’identifier pour chacun d’entre eux  :

> Sur quelle « communauté d’intérêts » propose-t-il de rassembler notre pays ?

> Quels sont, selon lui, les conflits d’intérêts structurant notre société qu’il se propose de résoudre ou d’arbitrer ? et comment ?

C’est peu être un peu scolaire mais refroidir les esprits et prendre du recul est plutôt porteur de meilleurs choix en démocratie ; ) Alors ça donne quoi ?

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Posté par : Julie

24 avril 2012 à 1:28

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Une campagne de pub sur les jeunes qui en dit long !

En voyant les premières affiches de pub pour l’Etudiant dans le métro, j’avais d’abord pris le message au premier degré en mode « c’est bien d’encourager les jeunes à suivre leur passion ». Puis, j’ai compris que le ton était ironique et qu’il n’y avait pas une, mais bien 6 affiches de mauvais goût sur les jeunes. En dépit des mauvaises réactions, notamment sur le net (exemple les coments non modérés des affiches -et il en reste peu- sur la page fbk), l’Etudiant, a choisi de persister en lançant d’autres affiches sur la même ligne éditoriale. Comme si l’image des jeunes en France n’était déjà pas assez mauvaise…

Reprenons le pitch.

Le slogan c’est « Etes-vous sûr de l’orientation que vous allez choisir ? »

Le produit à vendre : une gamme variée d’outils utiles à l’orientation (salons, magazine, site…).

L’image : des jeunes qui font des choix d’orientation pour des mauvaises raisons.

Le ton se veut humoristique mais le message implicite est d’une affligeante caricature, même si en contre pied la baseline essaye de rattraper le tout avec un « les jeunes ont de l’avenir ».

Comme si l’image des jeunes avait besoin de ça…

Il suffit de citer les affiches (qu’on peut voir ) pour comprendre que le talents des jeunes est loin d’être le message véhiculé. Une fille accessoirisée avec rouge à lèvres, Iphone, vernis à ongles et lunettes de soleil « Je voudré être écrivin pck j’adore écrire, c une vré passion » (ma pauvre fille avec les fautes d’orthographe que tu fais, esthéticienne ce serait plus sérieux non ? en plus ça à l’air de t’intéresser le maquillage et tout ça). Puis quelques caricatures sur les genres. Une autre fille « Je voudrais être kiné pour pouvoir manipuler les hommes » (!) Un garçon « Je voudrais être footballeur pour avoir une femme de footballeur » (une blonde avec des gros seins, nous précise l’image). Un autre « Je voudrais être président de la république pour avoir une femme mannequin » (même idée). Dans le genre les jeunes complètement débiles. Un mec « Je voudrais être agriculteur mais en ville » (on le voit prendre le métro avec sa vache). Un autre « Je voudrais être stewart car j’aime bien ce prénom » (…). On a pas beaucoup rit mais par contre on reste avec le sentiment désagréable qu’à coup de clichés on s’est bien foutu de la gueule des jeunes.

Vous avez dit problème d’orientation ?

Et puis concernant le métier de l’Etudiant : l’aide à l’orientation, le message subliminale est presque pire.  »S’il y a un grave problème d’orientation dans notre pays, ce n’est pas à cause du système en place qui serait totalement en faillite… ce serait à cause que les jeunes sont trop cons. S’ils n’avaient pas tant d’idées superficielles et irréalistes, on en serait pas là. Choisir un métier par passion, et puis quoi encore ?«  Ainsi sur le ton de l’humour, les jeunes ne sont donc plus victimes d’un système d’orientation totalement défaillant mais deviennent les responsables du problème. Un comble !

Sur le fond cette campagne véhicule l’idée que nos envies, nos rêves, voir nos fantasmes professionnels sont là pour de mauvaises raisons et encourage donc les jeunes à s’en méfier. Pourtant beaucoup de méthodes et d’approches approfondies d’orientation poussent, au contraire, à bien considérer nos envies profondes, quitte à les faire évoluer avec le temps ou en les confrontant à la réalité. Avoir des envies, même irréalistes, c’est être connecté à soi-même, si ce n’est pas suffisant pour construire son avenir professionnel, c’est tout à fait nécessaire.

« Le contexte est pourri et vous êtes nuls, heureusement que nous sommes là pour vous »

Et puis au final le message autour du slogan « Etes-vous sûr du métier que vous allez choisir ? » est clair c’est « si vous choisissez votre orientation tout seul vous aller faire n’importe quoi et vous allez le payer dans l’avenir, heureusement pour vous il y a l’Etudiant ». Je ne considère pas que toute aide soit inutile, au contraire. Je n’aurais pas passé 4 ans à la tête de LA MANU sinon. Mais oui à l’aide qui conduit à l’autonomie et non à la dépendance. Il n’y a rien à faire, ce registre de marketing, que l’on trouve beaucoup en politique qui consiste à faire peur aux jeunes pour ensuite leur proposer une aide voir une protection, et qui renforce le sentiment d’impuissance, ce n’est pas ma came. Pas plus que de sous estimer les capacités et les talents des jeunes.

Premier degré ?

Dans le débat, par tribunes interposées, ( et ) autour de cette campagne dans Libé, un des concepteurs rappelle qu’ils ont « fait le pari de l’intelligence du public » pour dépasser le « premier degré ». J’ai cherché mais je n’ai pas trouvé cet autre sens que le public n’ayant pas mobilisé son intelligence, dont je fais partie, n’aurait pas saisi. Alors j’ai lu les commentaires sur différents sites et effectivement ceux qui aiment cette campagne invoquent en général deux arguments. Le premier : c’est pas méchant de se foutre un peu de la gueule des jeunes d’aujourd’hui. Le deuxième : faut bien que les jeunes sortent de leurs illusions et de leurs rêves pour revenir un peu plus sur terre.

Mais à qui s’adresse cette campagne ?

D’ailleurs lors d’un débat sur facebook, un ami publicitaire s’étonnait du choix de cette pub « c’est une drôle de promesse que de dire : grâce à l’étudiant tu pourras savoir si tu n’es pas faite pour être écrivain. Du peu que je connaisse la publicité, elle essaie généralement de délivrer un message positif: grâce à l’étudiant vous verrez que vous pouvez devenir écrivain, ce qui n’est pas le cas ici. »

A moins que la cible ne soit pas l’étudiant lui-même, mais ses parents qui, plus fréquemment, peuvent manquer de confiance quant au « réalisme » du choix de leurs enfants. Ils reconnaissent peut-être plus volontiers dans cette campagne, l’image qu’ils ont des jeunes.

D’autres créas de pub, qui s’adressent aux jeunes ont choisis un autre angle. Plus simple, plus efficace, plus valorisant. La j’ai aimé.

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Posté par : Julie

16 avril 2012 à 10:44

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