Archives pour juillet, 2009
1989, 20 ans après
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Chronique du 20 juillet
Cette proposition m’a ramenée 20 ans en arrière, à ces jours de novembre 1989. Je me rappelle de ces images qui passaient en direct à la télé : la foule massée devant le mur, ceux qui étaient grimpés dessus. Tous ces gens qui riaient, pleuraient, s’embrassaient, se prenaient dans les bras. Aussi ces images de Berlinois qui se démantelaient le mur à la main, des embouteillages monstres et des foules qui se pressaient pour passer de l’autre côté du mur.
J’ai aussi le souvenir de l’émotion très forte des adultes autour de moi. On m’expliquait que c’était l’évènement le plus important de l’histoire récente, que désormais le monde ne serait plus comme avant. J’avais 10 ans. Je ressentais fortement l’importance de ce qui se passait sous mes yeux. Mais, je ne comprenais pas tout.
D’abord, pourquoi avait-on empêché tous ces gens de pouvoir se déplacer ? Pourquoi ils n’avaient pas le droit d’être en contact avec les autres ? Comment le monde avait pu laisser faire ça ?
Il m’a fallu encore de longues années pour prendre conscience de ce que signifiait vraiment cet évènement. L’Europe de liberté, prospère et démocratique, dans laquelle j’étais née n’était qu’une partie d’elle-même. J’avais une idée de la seconde guerre mondiale, de la lutte contre le nazisme et de la Libération.
Mais je mesurais mal à quel point pour d’autres peuples d’Europe, la fin de cette guerre avait remplacé un totalitarisme par un autre. J’ai compris petit à petit qu’un pays en entier pouvait être transformé en prison, avec tout autour des barbelés, des miradors et des hommes en arme. Je découvrais des choses que j’avais du mal à croire. Ce mur, s’étendait à travers toute l’Europe. Il avait été érigé en 1961 pour empêcher la fuite par millier des habitants de ces pays. Plusieurs centaines de personnes avaient perdu la vie en tentant de franchir ce rideau de fer. Et j’ai appris que la dernière victime de ce système était tombée au début de l’année 89, à quelques mois de la chute du mur…
Il m’a fallu découvrir que plusieurs murs parcouraient l’Europe et que certains ont perduré au-delà de 1989. Les Pays Baltes et l’Ukraine ont du attendre le début des années 90 puis 2005 pour réussir à s’en libérer à leur tour.
Ces journées de novembre 1989 m’ont donnée le besoin de comprendre notre histoire. Celle des conflits qui ont brisé l’Europe, mais aussi l’histoire de ce qui l’a finalement délivrée.
Je me pose encore pas mal de questions. En particulier sur ce qui a permis ce basculement de 1989. Pourquoi et comment, en quelques jours tout le système totalitaire qui semblait si solidement tenu s’est effondré sous nos yeux ? Pourquoi la veille encore, certains assuraient que de leur vivant ils n’assisteraient pas la fin du rideau de fer ?
Pour nous 1989, c’est avant tout la chute du mur.
Mais ailleurs ? En Pologne ou dans les Pays baltes, dans la Tchécoslovaquie, comment a-t-on vécu cette date fondatrice de l’histoire contemporaine ?
La commission européenne a d’ailleurs récemment provoqué la colère de la Pologne en diffusant une vidéo intitulée “1989-2009: 20 ans de liberté”. Leur courrier de protestation parle d’une « simplification injuste ». Les Polonais regrettent en fait que trop d’importance soit donnée aux images de la chute du Mur, et pas suffisamment aux événements qui les avaient précédés : les soulèvements de Budapest en 1956, Prague en 1968, ainsi que la mobilisation des chantiers de Gdansk en 1980, avec le syndicat Solidarnosc.
Encore une fois, les Européens ont une mémoire différente d’un événement central de leur histoire. L’année 2009 est une année du souvenir. J’espère qu’elle sera une année de tous les souvenirs. Qu’elle sera l’occasion d’avancer dans la construction d’une histoire européenne et d’une mémoire continentale dans laquelle tous les Européens peuvent se retrouver.
C’est à mes yeux très important, parce que 1989, cette année charnière, est autant une fin qu’un commencement.
mots-clés : Europe, libres, lien, solidarité
Jeunesse : l’heure des choix
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Chronique du 13 juillet
Ca y est. Après 16 semaines de réflexion et d’échanges, la commission Hirsch sur la politique de la jeunesse a rendu public son fameux Livre Vert. Après des années où, politiquement la jeunesse cohabitait avec les sports, les associations voire la santé dans un même ministère, ce travail a le mérite de poser les bases d’une politique de la jeunesse qui soit enfin globale et transversale.
C’est pour moi l’élément le plus important et le résultat le plus prometteur. Vu de l’étranger ça n’a rien d’extraordinaire, de nombreux pays sont engagés depuis des années sur ce type de politiques “jeunesse”. Pourtant en France, ça n’a rien d’évident. C’est vrai que depuis des années, pour ne pas dire depuis des décennies, ce sont des mesures spécifiquement ciblées sur telle ou telle partie de la jeunesse qui ont été privilégiées, avec le manque de résultats que l’on connaît aujourd’hui.
J’ai moi même beaucoup rencontré de responsables publics dans tous les milieux : politique, syndical, associatif. Je ressortais souvent de mes échanges avec eux sur la question de la jeunesse avec l’impression très nette, que ce saucissonnage de la jeunesse en sous catégories et la mise en œuvre d’innombrables dispositifs ciblés, était un réflexe très répandu. Cette approche était peut-être pour eux plus facile à définir et aussi plus rassurante. Chaque problème précis avait son dispositif à lui, quand bien même l’efficacité de ces dispositifs était régulièrement mise en question.
Et dans les représentations, la jeunesse était du coup artificiellement cloisonnée, séparée. Je sais on me répondra qu’”on ne peut pas dire que tous les jeunes sont dans la même situation” - ce qui est évidement vrai - et que donc “qu’il n’y a pas UNE jeunesse mais DES jeunes“. C’est sûr si on cherche à savoir ce qui différencie les jeunes entre eux, on trouvera DES jeunes. Par contre si on cherche à savoir ce que les jeunes ont en commun par delà leurs différences, on trouvera une jeunesse. C’est le défi qu’a relevé le travail de la commission Hirsch et ce n’est pas rien.
La jeunesse est d’abord une période de transition en permanente évolution. La commission Hirsch fait du développement de l’autonomie des jeunes l’épine dorsale de son ambition, sans pour autant réduire cette question au versement d’une allocation pour solde de tout compte. Je suis convaincue que ce n’est pas avec une grande mesure emblématique style solution miracle qu’on changera la donne pour les jeunes.
La commission sur la politique de la jeunesse propose 10 grands objectifs et une soixantaine de mesures d’action qui recouvrent la plupart des défis rencontrés par les jeunes. La nouveauté c’est aussi de retrouver dans ce Livre Vert différentes approches qui, jusqu’à présent, étaient opposées les unes aux autres et qui maintenant sont présentées comme complémentaires et même indissociables. Par exemple, sur la question des revenus, la commission propose de mixer à la fois l’encouragement de l’activité salariée par des compléments de revenu, un système de prêt d’État remboursable une fois en période d’activité, et des aides financières publiques que chaque jeune peut mobiliser pour financer ses projets de formation et d’insertion dans l’emploi.
Au-delà des mesures en direction des jeunes le Livre Vert se penche aussi sur les façons dont les jeunes peuvent prendre la main sur leur avenir. C’est important, nous n’avons pas vocation à être assistés par qui que ce soit, pas même par la puissance publique. Dans ce Livre Vert, les jeunes ne sont donc pas réduits au seul statut de bénéficiaires d’aides et de dispositifs déployés pour eux.
Ces avancées ne sont pas à minorer. Et beaucoup comme moi les saluent.
Le Livre Vert ne doit toutefois pas être considéré comme une fin en soi. Il doit être véritablement un point de départ. Cela pose évidemment la question des moyens qui seront débloqués pour passer à l’opérationnel. La société nous a légué ses dettes. Elle doit maintenant honorer la sienne à l’égard des jeunes et nous permettre de prendre notre place sans délai, sans parcours de survie, sans bizutage social.
Alors le prochain rendez-vous, c’est le débat parlementaire qui aura lieu à la rentrée sur les suites qui seront données à ce Livre Vert. Ca aussi c’est une première; cela fait des décennies que le parlement n’avait pas eu à débattre d’une Politique de la Jeunesse pour le pays. Les acteurs politiques et sociaux sont désormais face à leurs responsabilités pour passer des discours aux actes.
mots-clés : autonomie, avenir, changement, ensemble, jeunesse
Agorabox, la 1ère Jeunes Entreprises Universitaires
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chronique du 6 juillet 09
Agorabox est donc la première Jeune Entreprise Universitaire. Ce nouveau statut issu de la loi de finance 2008 a pour but de faciliter la création d’entreprise innovantes par des étudiants, jeunes diplômés, doctorant ou enseignants d’université. Il permet aux universités et aux entrepreneurs qui en viennent de mettre en commun leurs forces, leurs moyens, leur capacité à innover. C’est pourquoi l’université Pierre et Marie Curie soutient le développement de cette jeune entreprise universitaire qui déploie de nouvelles technologies. Son soutien va d’ailleurs jusqu’à une prise de participation dans le capital d’Agorabox.
Cette initiative pionnière, je la trouve importante. D’abord parce qu’elle permet à de jeunes talents d’entreprendre et de créer de nouveaux produits. Je trouve aussi que voir une université entrer dans l’entreprise, jusque dans son capital, c’est un retournement majeur dans les relations universités / entreprises.
Le débat public sur cette question s’est trop longtemps focalisé sur la nécessité ou les risques de l’entrée de l’entreprise dans l’université. Cette entrée est aujourd’hui bien réelle. Les formations universitaires professionnalisantes se développement, tout comme les formations supérieures en alternance et en apprentissage, les entreprises participent désormais à leurs instances de décision. Pour certains, ces évolutions sont vécue comme une véritable intrusion et une dénaturation de l’université. Alors qu’on y soit favorable ou opposé, ça discute fermement sur les conditions, les limites voire les interdits à poser à l’entrée de l’entreprise dans l’université. Mais dans les deux cas, je trouve qu’on débat finalement peu de l’autre versant du lien université entreprise, c’est-à-dire l’entrée de l’université dans l’entreprise et des conséquences que cela peut avoir.
Pourtant, cela fait déjà bien longtemps que l’université est entrée dans les entreprises. Les jeunes qui s’y forment sont nombreux à y travailler ensuite. Ce mouvement va d’ailleurs s’accélérer pour remplacer les départs massifs à la retraite qui s’annoncent. Et ces recrutements important ne manqueront pas d’avoir des effets sur les entreprises. De fait, l’université irrigue déjà l’ensemble du monde professionnel par les débouchés qu’elle prépare. Les centaines de milliers de jeunes formés à l’université qui entrent chaque année dans les entreprises ne perdent pas pour autant leur caractère d’universitaires et avec eux c’est l’université qui entre dans l’entreprise.
C’est un fait encore insuffisamment pris en compte par les universités elles-mêmes. Il est souvent absent des débats sur les liens à construire entre l’université et l’entreprise. D’ailleurs les universités n’ont pas de connaissance d’ensemble de ce deviennent leurs étudiants. Elles n’ont pas non plus de réseaux organisés d’anciens étudiants. C’est comme si une partie de sa réalité était occultée. Beaucoup d’universités font aujourd’hui de gros efforts pour avancer, pour organiser et pour valoriser ce formidable potentiel. Pour le faire elles n’hésitent d’ailleurs pas à s’ouvrir aux actions d’autres acteurs qui fabriquent le lien étudiant-entreprise. Cet investissement est la meilleure façon pour elles d’échapper aux attitudes défensives ou subies dans leurs rapports aux entreprises.
La démarche commune d’Agorabox et de l’Université Pierre et Marie Curie est un beau symbole. Notamment pour tous ceux qui travaillent au rapprochement de ces deux mondes et qui franchement se sentent parfois à l’étroit dans les débats du type pour ou contre l’entrée de l’entreprise dans l’université. A n’en pas douter, la voie qu’ils ouvrent ensemble est porteuse d’avenir.
mots-clés : création, ensemble, entreprise, étudiants, innovation, jeunes, lien, université






