Archives pour avril, 2009
L’emploi des jeunes, une question générationnelle ?
Hier au CESR, à propos de la conjoncture économique, le débat a porté à nouveau sur l’emploi des jeunes. Je le disais dans un précédent billet les réflexes en matière d’analyse et de propositions sur ce sujet sont assez bien installés.
“1- Plus on a un haut niveau de diplôme mieux on accède à l’emploi. 2- Le problème du chômage des jeunes c’est d’abord celui des non diplômés. 3- Il faut donc mettre principalement en place des mesures spécifiques en direction des moins diplômés“
Depuis des années, ces affirmations sont vérifiées par les enquêtes et analyses statistiques (taux de chômage / niveau de qualification). Et dans le même temps malgré les dizaines de mesures qui se juxtaposent pour l’emploi des jeunes, notre taux de chômage des jeunes reste un des plus élevé de l’OCDE.
La crise actuelle et ses conséquences sont venues bousculer un peu ce raisonnement qui ronronne depuis des années.
“1- Plus on a un haut niveau de diplôme mieux on accède à l’emploi.”
Cette année, l’augmentation du chômage touche d’abord les jeunes “en général” et cette fois ci, elle touche “en particulier” les diplômés du supérieur plus que les autres. (Il faut noté que le chômage des non diplômés reste encore supérieur aux autres mais que les tendances s’inversent)
“2- Le problème du chômage des jeunes c’est principalement celui des non diplômés.”
D’ores et déjà avec la tendance, du point de vue statistique, qui s’inverse, on ne peut plus analyser le chômage des jeunes uniquement au regard des qualifications et l’affirmation “le diplôme meilleur rempart contre le chômage” même statistiquement n’est plus exacte.
“3- Il faut donc mettre principalement en place des mesures spécifiques en direction des moins diplômés”
C’est toujours nécessaire mais insuffisant. Quelle crédibilité a un système de formation dont les plus diplômés (après 5, 8 ans d’études) ne sont pas assurés de trouver une place dans le monde du travail ? Il faut tenir les deux bouts, être à la fois intolérant à l’exclusion et soutenir l’excellence. Avec ce changement de paradigme en cours il faudra agir avec des approches nouvelles.
En matière d’emploi des jeunes la question des qualifications n’est plus la seule donnée à prendre en compte, il semble que nous sommes dans une situation qui tient plus d’une question générationnelle, de la place des jeunes dans l’emploi et plus largement dans la société.
A suivre…
Les droits de l’Homme, la bataille ?
Au cours de cette semaine d’actualité internationale, il faut dire que l’action de Caroline Fourest et de Fiametta Wenner par la diffusion de ce reportage “la bataille des droits de l’Homme” en plein déroulement de “Durban 2″ à Genève était utile et nécessaire.
Nécessaire dans un moment sous tension de remettre de la perspective pour analyser les situations auxquelles nous avons à faire face.
Les réalisatrices, avec l’exigence que l’on leur connait ont montré un processus en marche et organisé pour faire reculer à l’ONU les droits universels de l’Homme. Années après années, exemple après exemple, précision après précisions, ce reportage permettait de comprendre comment la Conférence de l’ONU contre le racisme 2009, (qui n’a lieu qu’une fois tous les huit ans) a constitué une tribune politique, symbolique et mondiale, aux propos haineux du président iranien, Mahmoud Ahmadinedjad. Un comble faut-il le rappeler pour un pays dans lequel le code pénal prévoit, par exemple, la peine mort pour actes homosexuels (pendaison) ou adultère (lapidation).
Dans le débat qui a suivi la diffusion de ce reportage, en s’appuyant notamment sur la riposte américaine au 11 septembre qui était évoquée dans la chronologie (!), un invité défendait qu’ “à chaque fois qu’une démocratie fait la moindre entrave (aux droits de l’Homme) cela sert de prétexte et nourri les obscurantistes”. L’affirmation est juste. Mais cela ne doit pas pour autant, nous amener à accepter d’être attendu au tournant et mis en accusation, par ceux qui mettent tout en œuvre pour maintenir en place leurs propres atteintes, permanentes et instituées aux droits fondamentaux des hommes et des femmes.
Nous devons veiller aux respects et à la défense des droits de l’Homme dans les pays démocratiques, et pas dans le but d’éviter à certains pays de trouver des “prétextes” à leur combat contre l’universalité des droits de l’Homme. Des prétextes ils en cherchent, tout comme des coupables à accuser. Des prétextes ils en trouveront, et s’ils n’en trouvent pas, ils en inventerons. Travestir la réalité, ce n’est pas se qui les arrête pour justifier leurs pratiques et mener bataille contre les défenseur des droits de l’Homme. Le reportage nous montre cet exemple du rapport sur l’état des droits de l’Homme en Chine, présentée par la délégation chinoise, plébiscité “avec les félicitations du jury” après débats et questions du conseil, dans un grand bal de faux semblants. Dans ce conseil, tout semble permis au nom d’une cause suprême : faire reculer les droits de l’Homme sur la planète parce qu’ils font courir un risque structurel à ces pouvoirs autoritaires.
Séquences après séquences, on découvre ahuri, des discours et des décisions prises, toutes plus opposées aux droits de l’Homme les unes que les autres. Et on réalise surout que les pays obscurantistes et autoritaires très organisés entre eux sont tout simplement majoritaires. Ce sont eux qui écrivent les règles : des droits de l’Homme sur mesure qu’il “faut contextualiser”, la critique de la religion considérée comme “incitation à la haine”, l’affirmation “une bonne fois pour toute” par le représentant du Pakistan que “la question du blasphème n’a pas à voir avec la liberté d’expression mais avec l’abus de liberté”…
C’est l’ONU. C’est “un lieu unique” nous dit Caroline Fourest dans le reportage où “les chefs d’Etat se retrouvent face à face avec les ONG”. C’est vrai. C’est important. Mais dire qu’”il s’agit du seul moyen à part la guerre et le chantage” et que , la Chine par exemple “ne serait même pas obligée de faire semblant” sans ce conseil de l’ONU, me semble insuffisant. C’est mieux que rien ? Peut-être. Il ne faut pas l’abandonner ? Sûrement. Mais pour des enjeux aussi cruciaux on ne peut pas en rester là.
Dans le débat qui a suivi le reportage je remercie Daniel Leconte d’avoir insister sur la nécessité d’engager la bataille à mener quand les considérations versaient parfois dans le cynisme ou l’aveuglement. A la question “Faut-il rester ou partir de ce conseil ?”, le représentant de la diplomatie française, répond , “il n’y a pas de bon ou de mauvais choix”, “certains décident de le quitter d’autres (comme la France) d’y rester”. Comment ça ? Il n’y aurait pas de bon ou de “mauvais choix en la matière ? Je pense au contraire qu’il y a des choix à faire et sûrement pas chacun de son côté. N’est-ce pas important de mettre, par exemple, en perspective une position Européenne dans la bataille pour les droits de l’Homme ?(*). Sous la pression mise sur les pays défenseurs des droits de l’Homme, l’heure n’est pas à faire “chacun de son côté”. Il est temps de développer des liens avec ceux qui, sur la planète veulent faire vivre les droits de l’homme universels
Mener la bataille est un impératif vital car le “chemin pris en matière de droits de l’Homme va nettement dans le mauvais sens”.
D’un pays à un autre, chaque Homme est humain. L’humanité est universelle. C’est ce que les droits de l’Homme érige comme règle.
(*) question aussi à tous ceux qui en ces temps de campagne électorale affirment leur attachement à l’émergence d’une Europe politique dans ce monde de géants
Dérangeant ? l’être et le rester
Cette “affaire” Mettout (rédacteur en chef de l’Express) / Versac (blogueur)” est un “vrai bonheur”. Le monde des médias. Avec comme partout, des nouveaux venus, et des moins nouveaux en place. A la lecture de ce débat, il est passionnant de voir à quel point les lignes bougent et de voir aussi, les réactions que sucitent ces mouvements. Les rapports entre “l’institué” et “l’émergeant” par exemple. Domnique Reynié interroge “Qui n’entend pas les craquements du monde ?”
Les enjeux qui sont débattus là et là, par Versac et Mettout sont importants. Que les médias, quels qu’ils soient, arrivent à tenir à la fois sur l’exigence des contenus et la réactivité de l’information, c’est fondamental. Particulièrement dans une période de crise, tendue, qui rend plus épidermique et émotionnelle la réception de l’information.
Tous ça pose des questions profondes. Ce qu’il y a de bien avec le Web c’est qu’on peut avoir les débats en direct sur le vif et relire tranquillement le script après, pour continuer à y réfléchir.
PS : Cette fable du “loup et du chien” que ressort Thierry Lhôte pour réagir à ce débat Mettout - Versac, me rappelle le manifeste Fiers et Libres que l’on diffusait sur les facs en 2005, ça disait “être libre, c’est être et rester dérangeant”.
PS : J’avoue pour ceux qui n’ont pas encore lu ce débat, ce billet peut paraître un peu abscond, alors vous savez ce qui vous reste à faire
Compétent ?
“Avoir des compétences ne suffit pas à être compétent…” Cette réflexion parmi les choses que je retiens de ce déjeuner passionnant avec Guy Le Bortef. Mais alors comment et où, aquiert-on la capacité à mobiliser de ses compétences ?
mots-clés : compétence
7 bonnes raisons (ou plus) d’être contre le CV anonyme
Comme à beaucoup de gens, je suppose, le CV anonyme, m’a paru au départ être une bonne idée pour lutter contre les discriminations à l’embauche. Mais dès que j’ai commencé à y réfléchir un peu plus, la liste des arguments militant contre, m’a semblé bien longue.
Contrairement au testing, auquel je suis très favorable (qui contrôle et met à jour les pratiques), il me semble que cette piste de CV anonyme qui traîne dans les dossiers de Yazid Sabeg, commissaire à diversité et à l’égalité des chances … serait une très mauvaise chose. Voici les premiers arguments qui me sont venus en tête.
1- Déjà je ne vois pas ce qu’on appelle “mise en œuvre” ou “généralisation” du CV anonyme. Qui va être contraint, dans les faits, de pratiquer l’anonymat ? Les entreprises ? “Interdit de détenir un CV qui ne soit pas anonyme sous peine de …” ? Les candidats ? “Amende ou élimination immédiate du processus de recrutement en cas d’affichage de son identité” ?
2- Je ne vois pas bien, non plus, jusqu’où va l’anonymat (s’il s’agit d’éliminer les facteurs potentiellement discriminant). On supprime le nom et le prénom, la nationalité bien sûr, l’adresse de résidence, pas de nom d’établissements dans lequel la scolarité secondaire a été effectuée, pas de lieu de naissance, mieux vaut aussi supprimer l’âge et le sexe, et tant qu’à faire supprimer aussi les établissements d’enseignement supérieur fréquentés (entre les écoles et la fac on connait les réflexes)…
3 - Et puis comme on ne fera pas disparaitre les réseaux, le lien entre les gens (et c’est heureux !) je vois mal comment on va rendre anonyme le fameux “au fait tu m’as dit que tu cherchais à recruter pour un stage / sur un poste de …, j’ai justement un copain / un cousin / un pote de classe /un enfant /… qui cherche, je lui dit de prendre contact avec toi ?”
4- Du coup pour les recruteurs ce sera plus “simple” il y aura d’un côté la pile des CV anonymes et de l’autre celle des CV “recommandés” et l’on aura ainsi renforcé les inégalités liées au fait d’avoir ou pas un réseau de relations professionnelles
5- Au fait, à qui demande-t-on de changer finalement ? Aux recruteurs pour qu’ils aient moins d’a priori dans leurs recherches des bonnes compétences et des talents ? Non, au contraire, avec une idée comme le CV anonyme, c’est comme si on considérait que les a priori allaient toujours exister en l’état, et que pour cela mieux valait faire disparaitre “dans une première phase de recrutement” les différences, et ici l’identité même des gens. Ça me met mal à l’aise, ambiance “Mon cher Omar je suis bien content de vous avoir rencontré, car entre nous, comme vous êtes quand même “de couleur”, je ne suis pas sûr que j’aurais spontanément donné suite à votre candidature, vous voyez ce que je veux dire. Mais grâce au CV anonyme nous avons eu l’occasion de nous rencontrer !”
6- Et puis finalement quel est le message de fond adressés aux personnes qui se cacheront derrière ces CV ? “Tu as une identité qui ne peut pas être acceptée par la société et les entreprises, mieux vaut que tu la fasses disparaître en devenant anonyme”. Est-ce ainsi que l’on compte rendre combatifs et fiers de ce qu’ils sont, ceux qui ont déjà tendance à être mis à l’écart ? “Ne soi pas toi même , disparais (mais jsute dans un premier temps), c’est la meilleure façon de t’en sortir !”. Quelles perspective d’avenir réjouissante…
7- Plus j’y pense et plus je trouve cette idée glauque, en ce qu’elle porte d’une société indifférenciée. “Il n’est pas dans votre intérêt de faire connaitre votre identité” quelle capitulation de l’espoir et du vivre ensemble !
J’espère que le CV anonyme ne sera pas retenue pour “promouvoir la diversité et l’égalité des chances” alors je compte sur vous pour allonger la liste des “bonnes raisons d’être contre le CV anonyme” (ou me démontrer arguments à l’appui que c’est la mesure qu’il nous faut) !
mots-clés : diversité, lien, plafond de verre, recrutement, ressources humaines
Confrontations
“On ne vend pas son âme au diable quand on se rapproche alors qu’on est différents… on s’enrichit.” Philippe Herzog à propos du projet Confrontations Europe lors de l’AG du 2 avril, au cours de laquelle il a passé la main.




